Je ressassais cette phrase, écrite par Alice dans mon cahier de texte de l'année précédente tout en laissant mon regard errer sur mes affaires, rassemblées dans un coin. En soupirant, je refermai le tiroir de mon bureau, et je relevai la tête. Mes yeux noisette se plantèrent dans le regard vert de Georg.
Moi (avec un nouveau soupir) : Alice avait tort, les vacances d'été SONT arrivées trop vite, cette année... Deux mois sans les filles, tu te rends compte? Elles me manquent déjà! Et en plus, je n'arrive pas à mettre la main sur ce satané bouquin! Je crois que...
Mon frère, qui m'observait discrètement depuis le pas de la porte, me coupa alors :
Antoine : Jeanne! Me dis pas que t'étais ENCORE en train de parler à tes POSTERS! Quand est-ce que tu comprendras que ça ne sert à RIEN?!? Ca devient grave là, t'es vraiment ridi...*
Le regard de meurtrière sadique et assoiffée de sang que je lui décochai l'incita vivement à se taire avant que je ne m'énerve et ne réduise considérablement son espérance de vie.
Antoine : Bon, sans déconner, on part dans un quart d'heure, donc tu ferais mieux de te grouiller, parce que je ne t'attendrai pas ! J'ai pas que ça à foutre, de t'accompagner à la gare !
Et il s'éclipsa, hors de ma vue et de mon regard noir comme la manucure de Bill Kaulitz. Réfrénant un besoin urgent de carnage (sanglant, de préférence...), je décidai de poursuivre mes recherches dans la chambre d'à côté.
Cette pièce avait été la chambre de ma soeur aînée avant qu'elle ne parte habiter chez son copain. Comme elle avait une porte de communication avec ma chambre, mes parents m'avaient autorisée à la récupérer pour mon usage personnel. A présent, elle me servait de bureau, de bibliothèque et de salle de musique.
Dans un des tiroirs de l'ancien bureau de ma soeur, je finis par trouver ce que je cherchais. Un album de grande taille qui m'avait été offert pour mes 16 ans par une de mes amies d'enfance, Helena. Il était décoré de dizaines de photos et agrémenté de petits mots adorables. Je voulais absolument l'emporter avec moi afin de pouvoir le relire si, le soir, je me sentais déprimée ou que mes amis me manquaient.
Je l'enveloppai soigneusement dans du papier bulle, et retournai dans ma chambre pour l'ajouter à la pile de mes affaires. Puis, je vérifiai pour le centième fois qu'il ne me manquait rien.
Une valise rouge pleine à craquer, mon ordinateur portable Apple, mon MP3 (un Creative), mon appareil photo numérique, un range-CD bourré de DVDs, mes enceintes, et un sac rempli de livres et de mangas. Et ma guitare. Et mon album.
En apparence, j'emportais tout le nécessaire pour des vacances de rêve. Mais mes pensées étaient beaucoup moins roses. Depuis quelques années, j'attendais les vacances d'été avec beaucoup moins d'impatience. J'avais toujours passé mes vacances dans le même bled sur l'Île d'Oléron et je n'attendais pas cette 17° année avec beaucoup de bonheur.
Pour moi, passer deux mois là-bas sans Internet, loin de mes meilleures amies, entre plage et vélo, ressemblait pas mal à un calvaire. La nouvelle que ma cousine et meilleure amie, Adèle, ne viendrait pas cet été m'avait assommée. Ces vacances se résumerait donc à trois mots : Soleil, Solitude et Hypocrisie... Pour moi, ça ressemblait pas mal à passer des vacances dans un nid de scorpions particulièrement nerveux... **
* Véridique!!!! OUI, je parle à mes Posters, je suis désolée mais je trouve que ça fait du bien de parler de temps en temps... Et comme je n'ai pas un forfait illimité, et que mes frères et soeurs se foutent de ma vie privée, ben je raconte ma vie et mes problèmes à mes posters... Et OUI, mon frère en profite pour se foutre de ma gueule... Je le tuerai un jour... Peut-être...
** Bon, j'exagère, j'adore le village de La Brée, et j'y ai plein d'amis, mais je m'arrange pour pouvoir justifier d'autres trucs après... Enfin, vous verrez !
